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01/10/2018

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Florian Besson

Bonjour !

D'abord, désolé car je ne vois votre article que maintenant - je ne peux blâmer que la quantité de trucs sur internet car pourtant j'avais essayé de suivre ce qui s'était écrit autour de notre article...

Ensuite, merci, car c'est une critique, mais polie, calme, et vous avez lu l'article, ce qui change de pas mal des critiques qu'on a reçues, et honnêtement, ça fait du bien.

Je passe sur l'écriture inclusive : on n'est pas d'accord, ce n'est pas très grave je pense.

Je passe un peu moins vite sur les croisades utilisées par les Occidentaux : de fait, grâce aux échanges sur twitter notamment, on avait modifié et modéré notre paragraphe sur le sujet, qui était maladroit. Cela dit je pense qu'on ne peut pas faire deux poids deux mesures : quand Bush parle de croisade, il pense bien à la croisade, et aux croisades, autant que quand Al-Qaeda, les frères musulmans ou Daesh utilisent le terme. Et, avant Bush, il y a Gouraud et les colonisateurs... tout ce qu'on voulait dire c'est que le monde musulman (confondu avec E. Zemmour avec l'islamisme radical mais c'est une autre histoire) n'avait pas le monopole de l'utilisation du terme à des fins propagandistes.

Un peu plus embêtante est votre critique de notre lecture des travaux (si on peut les appeler ainsi) de S. Gouguenheim. Vous le citez avec suffisamment de précision pour savoir que son travail a été entièrement démoli par des historiens autrement plus calés que lui sur le sujet, qui ont en outre montré ses graves erreurs méthodologiques, touchant parfois à l'invention de sources. Le tout avec une énorme hypocrisie (puisqu'aucun historien n'avait jamais dit que seuls les musulmans auraient transmis le legs grec, l'importance des auteurs maronites, nestoriens ou juifs étant connue depuis très longtemps) et à des fins entièrement politiques, pour le coup. Le pire étant peut-être en l'occurrence que E. Zemmour ne le cite même pas, se contentant de reprendre une théorie entièrement invalidée sur le mode de l'évidence.

Le reste est plus intéressant. S'il y a bien en effet, on ne s'en cache pas, une "intention idéologique" derrière l'article, elle n'est pas là où vous la voyez : le but est moins de discréditer les propos de Zemmour que de rappeler que, si l'histoire appartient à tout le monde, on ne peut pas pour autant s'improviser historien. C'est un métier qui s'apprend, au prix de longues années de travail et basées sur des compétences réelles et, oui, scientifiques. Certes me direz-vous, Zemmour ne prétend pas être historien. Ok. Mais c'est moins net que ça ! D'abord parce que dans son introduction il dit bien qu'il va écrire contre les historiens "officiels" qui auraient imposé "leur vision" de l'histoire de France. Ensuite parce que, plus grave, il est reçu comme un historien : je vous renvoie à ce très bon article de Titou Lecoq sur slate, où elle analysait les commentaires sur Amazon du livre de Zemmour, et tout le monde salue un historien génial, pédagogue, intelligent, qu'on devrait enseigner dans les écoles, etc... Donc là clairement c'est Zemmour qui joue un double jeu, en ne se posant jamais comme historien mais en étant reçu comme tel (sur les plateaux télé y compris). Or ce double jeu est dangereux car il brouille les frontières entre qui est historien et qui ne l'est pas. Donc entre ce qui est histoire et ce qui ne l'est pas : l'histoire ce sont avant tout des faits basés sur des sources, et ensuite seulement des interprétations. Ce brouillement n'est pas propre à l'histoire, cf L. Deutsch le "linguiste" ou le livre "de sociologie" de G. Davet et F. Lhomme. Personnellement je pense qu'il y là quelque chose de très dangereux, dans cette mise au même niveau de toutes les paroles. Résultat : quand on parle de faits, comme un médecin qui parlerait de symptômes cliniques, on nous renvoie à de l'idéologie, de l'interprétation, de la politique.

Alors oui c'est vrai qu'on a voulu ignorer les aspects politiques du livre de Zemmour : c'est un peu lâche (vous dites joliment "anguilliforme"), je vous l'accorde entièrement. Honnêtement on pensait que d'autres, plus autorisés et plus mûrs que nous (de plu gros poissons, pour rester en milieu marin), le feraient. Ca n'a pas été le cas, ou trop peu. Mais reste que la "controverse" est bel et bien académique : Zemmour écrit des erreurs, des contre-vérités qui ne correspondent pas aux sources de l'époque. Ca c'est une affirmation entièrement scientifique, qui n'a rien en elle-même de politique. Je vous rappelle, comme on l'a rappelé à des gens beaucoup plus agressifs, qu'on avait fait le même travail de "mise au point factuelle" quand un Stephen Rostain (pourtant plus à gauche que Zemmour !) dit des bêtises sur le Moyen Âge dans son livre sur l'Amérique précolombienne. Sauf que là curieusement personne ne nous accuse d'être idéologiquement biaisé... Et je ne pense pas que ces approximations (ces erreurs, plutôt, désolé d'insister sur ce terme) soient "relativement marginales ou accessoires" : je pense qu'au contraire c'est central dans sa pensée, toute sa vision de l'histoire, donc de la société contemporaine, reposant sur ce genre de trucs ("l'islam déferle sur l'Europe au XIe siècle mais les croisades le stoppent" : trois erreurs, une même vision historique). Par contre je reconnais sans aucun problème que quand on compare ses erreurs sur le Moyen Âge et ses récentes prises de position sur Pétain, je quitte volontiers l'arène et laisse mes collègues contemporanéiste s'en occuper, car c'est nettement plus grave.

Dernier point (désolé, c'est trop long...), sur la fin de votre 2ème §, qui est vraiment très intéressante. Je vous cite : "on ne compte plus les intellectuels qui, dans le théâtre à l’italienne du débat public, prétendent par leurs diplômes et leurs titres académiques accéder à des loges surplombant le parterre de la citoyenneté ordinaire, où resteraient leurs adversaires". Je vois bien évidemment à qui vous pensez. Mais c'est une accusation problématique quand même. Ne serait-ce parce que Zemmour fonde son propos sur la même, ou presque : les historiens (gauchistes évidemment) verrouilleraient l'accès aux médias et imposeraient leur vision de l'histoire. Or en l'occurrence personne ne nous a invité sur un plateau télé, ni à la radio, ni nulle part en fait : combien de fois a-t-on entendu Zemmour ces deux derniers mois... ? Je suis à 100% pour un débat public vraiment égalitaire, et quand on parle de débat je ne considère pas que mes diplômes me donnent une autorité supérieure à celle de n'importe qui. Mais ce ne sont pas les intellectuels qui occupent les loges de ce théâtre public : on même du mal à rentrer dans la salle...

Encore une fois, merci pour votre critique intelligente et stimulante, et désolé pour cette réponse à la fois bien trop tardive et bien trop longue. Bien à vous, Florian Besson, pour Actuel Moyen Âge

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